Presse et témoignages

Dimanches en musique

Dimanches en musique 2024

 

Yves Ugalde, suite au Concert Uharte Bat à Bayonne, le 18 février au Théâtre de Bayonne

Sur le plateau du théâtre Michel Portal jeudi dernier, dans un de ses fauteuils ce dimanche pour le récital de Pier Paul Berzaitz ; curieux raccourci de quelques mètres et de quelques jours dans une même maison. Au point que j’en suis à me demander ce qui peut réunir l’amuseur que j’étais jeudi et le poète-barde de la chanson basque ce jour. Cette question m’habite alors que la lumière s’éteint sur l’entrée en scène de Pier Paul. Je me sens pourtant si proche de lui…

L’émotion de la scène et du partage sans doute, pour le reste, les univers sont si différents que je peux entendre qu’elle semble présomptueuse à certains. Je sais que Pier Paul se refuse à les séparer et que je suis aussi dans son état d’esprit. Il est sûr qu’imiter Fabien Galtié et chanter Saint Jean de la Croix, ne relèvent pas de la même fibre artistique, mais, pourtant, lorsque j’ai vu le chanteur culte de Soule s’avancer sur la scène, je me suis senti en communion. Nous osons confisquer la vedette aux stéréotypes nationaux, en restant convaincus que nous avons des choses différentes à dire, à raconter, en un lieu qui mérite amplement ses voix et ses chemins scéniques et d’écriture.

Pier Paul et moi, nous sommes parlé à la fin et retrouvés sur des émotions communes. Les univers divergent, pas les planches qui demandent une forme de même vérité intime à délivrer. Et c’est en frère saltimbanque que j’ai eu envie d’écrire ces lignes. Cette jonction intime, Pier Pol l’a aussi faite en convoquant une chanson de Michel Labéguerie, ce poète chanteur qui fut sénateur-maire de Cambo.D’un temps où les technocrates n’avaient pas encore occupé sans partage le paysage de la vie publique. Un phénomène qui dure depuis les années Giscard qui n’ont pas fait que du bien à la démocratie nationale comme locale. Les énarques ont tout raflé du débat public, en choisissant, souvent à plouf-plouf, leur camp en fonction du mouvement du vent.

Quand on veut bien s’arrêter aux textes chantés ce dimanche par Pier Paul, ne contiennent-ils pas à la fois tous les objectifs qui fondent un mieux vivre ensemble : le respect de la nature, mille formes de spiritualités ou d’élévations de l’esprit, l’attachement à une terre sans surtout rejeter les autres… Les vrais grands enjeux collectifs et personnels ne sont-ils pas là ? Ca vaut toutes les démonstrations sur le serpent monétaire dont on ne sait pas s’il nous a mangés ou si on lui beaucoup.

La force de l’univers de l’artiste Berzaitz dont la profondeur de la voix traverse chair et esprit, est dans son acuité intemporelle. Oser servir la poésie de Jean de la Croix, et nous la rendre si actuelle, réveiller Xabier Lete, Xalbador, nous rendre palpables les présences de Maité Idirin, Patxi Noblia, Poupou Oyhamburu, c’est rappeler que l’on n’est que des héritiers chargés à notre tour d’apporter une pierre à l’édifice d’une terre toujours en marche.

La beauté immaculée des cheveux, la silhouette immuablement élancée, la lenteur décidée de la démarche, l’estime perceptible pour chacun de ses formidables musiciens, le poète-chanteur marche, chante, écrit comme s’il était précédé de présences dont il puiserait le meilleur sans en plagier aucune. Et puis, je l’ai dit et je le répète, cette voix qui, à elle seule, semble avoir couru au milieu de tous les arbres de la forêt d’Iraty, avant de nous arriver.

Pier Pol Berzaitz transcende les silences qu’il transforme en respirations, en inspirations aussi. Ses mots viennent de très loin, mais pour nous porter tout aussi loin en avant. Les vrais poètes sont ainsi faits qu’ils relativisent toujours l’instant présent. En confidence, il m’indiquait en coulisse travailler à la renaissance d’un texte du XV ème siècle de Berreteretxe. Un spectacle est en préparation à ce sujet pour les prochaines Estivales de Cambo. Et je comprends que la scène du théâtre de Bayonne ferait un bien bel écrin pour cette nouvelle production qui n’aura pas, je m’y engage Pie Paul,, à “attendre cinquante ans” pour retrouver ces planches. Des planches qui, à écouter PPB cet après-midi, sont faites, pour résonner aussi bien, du bois des grands et beaux poètes du Pays Basque.

Miroir de la Soule 11 janvier 2024

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La République des Pyrénées - 26 décembre 2023

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Sud Ouest 21 décembre 2023

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